
Dans les provinces les plus pauvres, les villages sont tout bonnement "saignés"
de leurs enfants. Partout en Afrique de l'Ouest ont constaté le même phénomène :
de très nombreux enfants, la plupart âgés de moins de 14 ans, quittent leur
famille pour trouver du travail dans d'autres régions ou passent la frontière
pour se rendre dans des pays voisins. Certains partent "de plein gré" ou à la
demande de leurs parents, cherchant à échapper à la terrible pauvreté de leur
région. D'autres sont pris au piège des trafiquants.
Dans la plupart des cas, disent certains enfants qui sont parvenus à rentrer
chez eux, ils effectuent des travaux ardus et mal payés, ouvriers sur des
plantations ou domestiques, dans des situations sanitaires dangereuses,
parfois battus, parfois victimes de prédateurs sexuels. Il faut voir la vérité
en face, il y à une nette augmentation de telles "pratiques abominables".
Puisque le problème est lié à la pauvreté du continent et ne pourra être éliminé
que grâce à une hausse des revenus des ménages et à l'accès à l'éducation.
Nous devons concentrer rapidement nos efforts sur les "pires formes" de travail
des enfants, à savoir le travail forcé et l'esclavage, la prostitution, la participation
au trafic de stupéfiants et autres activités criminelles, ainsi que sur les activités
particulièrement dangereuses pour la santé et la sécurité des enfants.
Un exemple :
Dans les années 2001 un "navire esclave", battant pavillon nigérian, voguait
au large de l'Afrique de l'Ouest avec 250 enfants à son bord. Quand le navire
a accosté au Bénin, il n'y avait aucun enfant à bord. Néanmoins, le scandale
suscité par cette nouvelle a permis "de révéler au grand jour" la réalité du trafic
des enfants dans cette région. Arrachés à la protection de leur milieu familial
et de leur communauté, les enfants victimes des trafiquants sont particulièrement
vulnérables. Une étude de l'OIT constate que le trafic d'enfants est en hausse
en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale. Les rapports provenant du Bénin,
du Burkina, du Cameroun, de la Côte d'Ivoire, du Gabon, du Ghana, du Mali,
du Nigéria et du Togo laissent à penser que la plupart des enfants sont envoyés
dans des pays étrangers pour servir de domestiques, travailler dans des plantations,
mendier, faire de petits métiers ou racoler. Des enfants sont également vendus
afin d'être exploités sexuellement à des fins commerciales. D'après cette étude,
les enfants victimes de trafic travaillent de 10 à 20 heures par jour, portent
de lourds fardeaux et manient des outils dangereux. Ils manquent souvent de
nourriture et d'eau.
Le Nigéria rapporte que dans ce pays, parmi les enfants victimes des trafiquants,
un sur cinq meurt de maladie ou d'accident. D'autres contractent des maladies
sexuellement transmissibles, notamment le VIH/sida. Si les parents se laissent
parfois persuader par les recruteurs d'envoyer leurs enfants travaillé à l'extérieur
afin de ramener un salaire supplémentaire, il n'est pas rare que parents et
enfants ne soient pas payés. En fait, nombre de ces enfants sont "traités comme
des esclaves", En Afrique centrale et l'Afrique de l'Ouest. La pauvreté, "raison
majeure et omniprésente" qui limite beaucoup les possibilités économiques et
professionnelles dans les zones rurales pousse les familles à recourir à tous les
moyens d'accroître leurs maigres revenus. Face a un accès à l'éducation insuffisant :
"Les enfants sont arrachés plus fréquemment à la protection de leur famille
parce qu'ils cherchent soit à s'instruire soit que parce qu'ils cherchent à travailler".
L'ignorance, de la part des enfants et de leurs familles, des risques encourus et
un facteur principal. De plus la migration des adultes des villages vers les bidonvilles
expose les enfants à de plus grands risques. De plus, une forte demande des
employeurs qui veulent une main d'œuvre bon marché et soumise, ce félicite et
profite du secteur informel rurale.
Le problème vient de la pauvreté
Ce n'est pas une coïncidence non plus si l'Afrique est la région la plus pauvre,
dotée du système éducatif le plus faible. Parmi les Africains, les enfants de
milieux défavorisés sont les plus susceptibles de chercher un emploi. Lorsqu'on
demande aux parents et aux gardiens de ces enfants pourquoi ils les laissent
travailler, ils répondent le plus souvent "pour compléter les revenus familiaux"
ou encore "aider la famille à survivre". Les parents ne voient pas d'autre solution
que de se faire aider directement par les enfants à la ferme ou dans le secteur
informel: "Le plus gros problème, c'est la pauvreté".
L'incidence du travail des enfants dans le pays augmente en raison de la
détérioration du système éducatif, lui-même dû au recul de l'économie.
Des infrastructures insuffisantes, la démoralisation des enseignants et
l'introduction des frais de scolarité imposée par le programme d'ajustement
structurel, contribuent à la hausse des abandons scolaires et de l'absentéisme.
Ces facteurs entraînent une diminution du nombre, autrefois élevé, d'enfants
inscrits dans le primaire, de 90 % en 1980 à 77,8 % en 1996.
Trente pour cent des enfants de 10 à 14 ans ne sont pas scolarisés et
beaucoup finissent par travailler. Dans les villages le taux d'abandon scolaire
tourne autour de 30 à 40 %.
Le VIH/sida
Le sida est un autre facteur aggravant dont il faut tenir compte dans de
nombreux pays d'Afrique. Vu le grand nombre de chefs de familles morts
du sida, les familles s'enfoncent de plus en plus dans la pauvreté et les
responsabilités sont de plus en plus lourdes pour les survivants, particulièrement
les enfants. Du coup "La main d'œuvre adulte diminue rapidement en raison
de la forte incidence du VIH/sida parmi les travailleurs. Le VIH/sida démantèle
les familles et augmente les possibilités d'exploitation des enfants par le travail...
Juste à l'âge où les enfants devraient aller à l'école, leurs lourdes et nouvelles
responsabilités de chefs de familles les forcent à abandonner leur scolarité".
Éducation et mobilisation
Reconnaissant que le travail des enfants est lié à la pauvreté des familles,
et qu'il ne s'agit pas simplement de l'interdire en promulguant des lois
"entre les obligations familiales normales et le travail qui débouche sur
l'exploitation et la maltraitance". Le VIH/sida et autres catastrophes
"ont changé la nature traditionnelle du travail des enfants pour la transformer
en pratique abusive". Puisqu'il n'est pas encore possible d'interdire le travail
des enfants sous toutes ses formes, la difficulté immédiate consiste à sensibiliser
l'opinion aux dangers présentés par les formes les plus oppressives et abusives
du travail des enfants, et à mobiliser la société.